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Cantũrae

Vonira ena carga…

Vũra omni lae cantũrae
Revira ae Kultura eta Historira

Historira de lae Valshaar

Récit des pousses de Gaïa

Premier chapitre — Gaïa, la Terre

Aũrae Ũnal — le Premier Souffle

Avant les Valshaar, il y eut la Terre. Elle n'avait pas de nom, car personne n'était là pour la nommer. Elle naquit d'elle-même, au cœur de la formation de la planète, quand les roches se refroidirent et que l'eau trouva sa place. Les Valshaar l'appellent Gaïa. Dans leur langue, elle est aussi Valshanũma, la Mère du Flux.

Gaïa respirait. Ce souffle qui passait en elle, dans la pierre, dans l'eau et dans le vent, c'est le Flux. Les Valshaar le disent aujourd'hui encore : le Flux est le souffle de Gaïa. C'est de lui que vient leur manière de compter le temps, en Souffles de quatre-vingt-dix mille ans.

Longtemps, la Terre ne fut que souffle. Puis l'air devint bon. Les grandes forêts couvraient déjà le monde, et le ciel portait assez de vie pour que quelque chose de plus grand naisse. Alors, sur toute la surface de la Terre, des pousses sortirent du sol.

Premier An : An 0 Atarae Valsha, il y a trois cent soixante millions d'années.

Deuxième chapitre — Les pousses de Gaïa

Aũrae Ũnal — le Premier Souffle

Les premières pousses furent des arbres. Ils grandirent lentement, dans la terre et dans les racines de Gaïa, nourris de son souffle. Puis un jour, l'arbre donna un enfant : un humanoïde, né du bois et de la racine. C'est ainsi que vinrent les Valshaar, les pousses de Gaïa.

C'est pourquoi aucun Valshaar ne peut se couper de sa Mère. On peut quitter une terre, un village, un nom. On ne peut pas briser une racine. Le lien entre Gaïa et les siens est celui de l'arbre à la terre, et il ne casse pas.

Ils étaient partout, car Gaïa est partout. Leur peau, leurs traits, leur taille changeaient selon la terre qui les avait portés. Un seul signe ne variait jamais : leurs yeux bleu azur, signe que le Flux coulait en eux.

Troisième chapitre — Les six lignées

Aũrae Dũal — le Second Souffle

Pendant des Souffles, les Valshaar vécurent près des arbres et des sources, sans bâtir de murs. Peu à peu, le peuple unique se partagea en six lignées, une par grande région : le Nord, le Milieu, l'Eau, le Feu, les Îles et le Soleil. Ces six lignées gardèrent leur nom jusqu'à aujourd'hui, dans les six terres de Valsharen : Nordkara, Velnakara, Moranakara, Pyrotoka, Shimakara et Soltoka.

Quatrième chapitre — Les Elfes

Les longs Souffles

Un autre peuple vint avant les humains : les Elfes. Plus anciens que les Naetira, de vie très longue, grands et graciles, ils aimaient les forêts comme les Valshaar aimaient la terre. Les deux peuples se rencontrèrent aux lisières, découvrirent le même respect du vivant, et se reconnurent. Les Elfes veillent encore aujourd'hui sur la grande forêt de pins qui garde Valsharen.

Cinquième chapitre — Les Naetira

Les premières traces

Puis vinrent les premiers humains. Ceux que les Valshaar appelleront Naetira, ceux qui ne portent pas le Flux dans leurs yeux, laissèrent leurs premières traces dans le monde. Les Valshaar ne les craignirent pas. Ils les accueillirent, leur apprirent à lire les saisons, à soigner les blessures, à parler aux arbres.

Sixième chapitre — Le temps de l'harmonie

Les longs Souffles — avant la rupture

Longtemps, les Valshaar et les Naetira vécurent côte à côte, partout dans le monde, en harmonie. On échangeait la graine contre l'outil, le soin contre le pain. Certains Valshaar vivaient dans des villages naetira, certains Naetira dans des villages valshaar. Et il y avait un lieu que tous les Valshaar connaissaient depuis toujours, quel que soit le coin du monde où ils vivaient : Valsharen. Ce n'était pas un refuge. C'était une terre aimée, un nom que les mères murmuraient aux enfants.

Certains Naetira, eux aussi, portaient le Flux : voyants, chamans, ceux qui parlaient à l'invisible. Ceux-là comprenaient mieux que les autres.

Septième chapitre — La première traque

Aũrae Qũadra Menegal — Yara 1208 à 1244

Quand les peurs arrivèrent, elles vinrent des hommes, pas de Gaïa. La famine rôdait, les prêtres cherchaient des coupables, et ceux qui étaient différents devinrent des cibles. Dans les montagnes du sud, une grande traque s'abattit sur ceux qui croyaient autrement. Elle dura trente-six ans, et son dernier brasier brûla à Montségur, en l'an 1244.

Ce fut la première traque. Les Valshaar la regardèrent de loin, sans comprendre encore qu'elle les concernerait un jour.

Huitième chapitre — La grande rupture

Aũrae Qũadra Menegal — Yara 1560 à 1630

Alors vinrent les brasiers. On nomma sorciers, sorcières, ceux qui parlaient aux plantes, guérissaient trop bien, voyaient trop loin. Les yeux bleu azur furent un signe de plus. Des villages entiers dénoncèrent leurs voisins. Les juges arrivèrent, puis les bûchers. Entre les années 1560 et 1630, ce fut le pic de la terreur.

Pour les Valshaar, la chasse aux sorcières fut pire encore. Ils portaient le Flux, ils savaient faire pousser le blé là où le sol était pauvre, et on les trouva utiles. On ne les brûla pas tous. On les captura. Les Valshaar furent enchaînés aux champs et aux fermes des Naetira : leurs mains et leur Flux faisaient pousser la nourriture des puissants, et ils n'avaient plus le droit de dire non.

C'est ainsi que naquit le lashrai, l'esclavage. Et c'est pourquoi les Valshaar ne l'ont jamais oublié.

Neuvième chapitre — La fuite et le regroupement

Aũrae Qũadra Menegal — après les brasiers

Un jour, le mot passa de bouche en bouche, de champ en champ : Valsharen. Aucun guide ne fut nécessaire, car tous connaissaient le chemin depuis toujours. Les Valshaar du monde entier brisèrent leurs chaînes, quittèrent leurs fermes et leurs villages, et marchèrent vers le lieu que leurs mères leur avaient murmuré.

La grande forêt de pins était déjà là, plus ancienne que la fuite. Quand les derniers fugitifs eurent franchi le seuil, les Valshaar bloquèrent l'accès. Du blocage naquit la brume. Elle est faite de Flux, c'est de la magie. Elle gonfle devant l'unique entrée, avec la forêt, et elle « recrache » aujourd'hui encore ceux qui n'ont rien à faire là.

Valsharen devint alors un sanctuaire.

Dixième chapitre — Le sanctuaire

Aũrae Qũadra Menegal — jusqu'à aujourd'hui

Dans la forêt, les Valshaar bâtirent six terres, des villages, un grand village principal par terre, et une maison du conseil à Nordkara. Ils élurent un Grand Chef, des petits chefs, et sept pôles pour veiller à tout. Ils bâtirent aussi, avec l'aide des Elfes, de hautes tours de guet.

Ces tours sont aujourd'hui des ruines. Personne ne les a remises en service, car personne n'en a eu besoin. On les garde comme mémoire : celle de la peur, de la fuite, et de l'alliance avec les Elfes.

Depuis ce jour, l'esclavage est impensable pour les Valshaar. Ils chantent la fuite dans leurs contes, ils se méfient un peu des Naetira, mais sans haine : certains Naetira sont invités, d'autres épousent des Valshaar et entrent dans leur lignée. Les autres, la forêt et la brume les ramènent à la porte.

Et c'est ainsi que les pousses de Gaïa trouvèrent leur sanctuaire.